Auteure

Chantale Beaucher

Université de Sherbrooke

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Résumé court

Les organisateurs graphiques de divers types ont envahi le champ de l’éducation au Québec dans les dernières années. Parmi ceux-ci, la carte heuristique (aussi désignée sous son appellation anglophone de MindMap, tel que nommé par Buzan, le concepteur), constitue un outil polyvalent, simple et efficace qui trouve facilement sa place dans l’enseignement et l’apprentissage. Cette proposition témoigne d’une démarche de recherche exploratoire visant à déterminer l’usage qu’en font les enseignants de divers niveaux et de quelle façon : à la main ou à l’aide d’un logiciel.

 

Mots clés

Cartes heuristiques; MindMap; logiciel; enseignant

 

Résumé long

Introduction

Mode d’organisation de la pensée et de l’information, le MindMapping (cartes heuristiques ou cartes mentales, en français) a un vaste potentiel d’utilisation dans les classes, du primaire à l’université. D’ailleurs, de nombreux écrits mettent en évidence leur utilité dans des contextes variés : apprendre, mémoriser, explorer des contenus (D’antoni, Pinto Zipp, Olson, 2009; Evrekli, GunayBalim et Inel, 2009), dresser un portrait de connaissances antérieures, établir un bilan d’apprentissages, prendre des notes (Akinoglu et Yasar, 2007), développer des projets (Mongin, 2011; Tucker, Armstrong et Massad, 2010), résumer (Kern, Bush et McCleisch, 2006; Meier, 2007), encourager la créativité et résoudre des problèmes (Stankovic, Besic, Papic, Aleksic, 2011), etc. Peu coûteuses en temps, en matériel et en énergie, les cartes heuristiques ouvrent la porte à une expression plus fluide de la pensée, à son enrichissement a posteriori (Buzan, et Buzan,

2003), à l’exploration d’idées (Carrier, 2000), à la création de liens et au dégagement de sens (Kortelainen, 2004), ainsi qu’à l’appréhension de la complexité (Murley, 2007).

Les origines

Prenant appui sur la neuropsychologie, la biologie et la psychologie, Buzan (1974) a proposé cette méthode de transposition de la pensée plus organique, moins linéaire que les écrits classiques, qu’il juge contreproductifs et contraires au fonctionnement naturel du cerveau, ce qui le priverait du même coup d'une part importante de son potentiel d’idéation (Buzan et Buzan, 2012). La carte heuristique recourt aux couleurs, aux formes, aux dimensions spatiales, à l'évocation d'idées par mots-clés, dans une structure radiante. Largement utilisée et analysée dans d’autres régions du globe, elle est pourtant encore en implantation au Québec.

Cet organisateur graphique a d’abord été réalisé à la main par les aficionados de partout dans le monde. Cependant, dans les dernières années, il a fait le saut vers le numérique à mesure que se sont développés des logiciels efficaces et conviviaux de cartographie. Entre les puristes qui ne prêchent que par le manuscrit et ceux qui croient que le MindMapping est un logiciel, se déroule tout un éventail d’utilisateurs qui naviguent des crayons de couleur à la souris d’ordinateur au gré des contextes, des fonds et du matériel disponibles, des limites personnelles et des contraintes extérieures.

Démarche de recherche

Cette proposition s’appuie sur notre expérience des dix dernières années d’enseignement et d’utilisation en contexte d’enseignement-apprentissage des cartes heuristiques. Des personnes de tous horizons ont ainsi été formées ou ont eu à utiliser l’outil dans mes cours. Des projets de recherche à petite échelle ont également été menés et ont servi d’appui à ma réflexion et à mon expérience. Au cours de ces années, quelques constats majeurs ont été faits : la polyvalence de l’outil, l’économie de temps et d’énergie qui découle de son utilisation, le lien erroné établi entre le fait de devoir aimer l’art pour faire des cartes, l’efficacité remarquable pour divers utilisateurs, etc.

Dans les formations et les cours offerts, j’insiste systématiquement sur l’importance de d’abord maîtriser l’outil en version manuscrite avant d’aborder un logiciel de cartes heuristiques. L’argument sous-tendant cette démarche est nettement expérientiel, bien que s’appuyant dans une certaine mesure sur les écrits de Buzan : les personnes qui comprennent bien comment faire des cartes à la main passent sans problème au numérique en privilégiant certains contextes alors que ceux qui apprennent directement à l’ordinateur semblent aborder la carte heuristique comme un outil de présentation, comme Power Point ou Prezi. J’ai donc voulu connaître de façon plus objective quelle est vraiment l’utilisation que des enseignants de divers niveaux font des cartes heuristiques. Un questionnaire en ligne (sur Survey Monkey) sur les préférences et les contextes d’utilisation des versions manuscrites et numériques d’enseignants de différents secteurs a été produit.

Conclusion

Les résultats rendent compte d’une variété de contextes d’application des cartes heuristiques. D’abord, il ressort que les répondants ont davantage tendance à recourir au papier-crayons pour des usages personnels et aux logiciels en contextes professionnels. Ensuite, la version manuscrite est plus souvent considérée comme favorisant la mémorisation, l’établissement de liens, l’organisation des idées et moins susceptible de créer de la résistance de la part des élèves. En contrepartie, l’utilisation du logiciel serait selon les répondants plus simple, plus performante au regard de l’apprentissage et permet de créer des cartes plus belles qu’à la main. Du côté des limites perçues à l’usage des cartes, c’est l’accès aux logiciels, la résistance des collègues et la résistance de certains élèves qui sont perçues comme étant les plus importantes. La vue d’ensemble, le support à l’enseignement et la facilité avec lesquelles des liens sont établis dans les cartes sont les principales raisons motivant leur usage en contexte d’enseignement. Les auteurs des cartes utilisées varient selon le moment (avant, pendant ou après la leçon), mais soulignons la tendance chez les enseignants à préparer des cartes à l’avance, qu’elles sont également fréquemment réalisées en cours de leçon par les élèves seuls, en équipe ou en grand groupe à l’aide de l’enseignant. À la suite de la leçon, l’outil est surtout récupéré par les élèves.

Cette exploration des contextes et modalités de réalisation des cartes par les enseignants offre au final une piste de départ pertinente pour une recherche plus poussée sur les effets comparés de la création de cartes, à la main et à l’aide d’un logiciel, sur l’apprentissage.

Références bibliographiques

Akinoglu, O. et Yassar, Z. (2007). The effects of note taking in science education through the mind mapping technique on students' attitudes, academic achievement and concept learning.Journal of Baltic Science Education, 6(3), 34-43.

Beaucher, C. (2010). Les applications pédagogiques du MindMap. Technigogie, 3(2).

Buzan T. et Buzan, B. 2012. MindMap : Dessine-moi l’intelligence (3e éd.). Paris : Eyrolles.

Stankovic, N., Besic, C., Papic, M. etAleksic, V. 2011. The Evaluation of Using Mind Maps in Teaching.Technics Technologies Education Management, 6(2), 337-343.

Tucker, J. M., Armstrong, G.R. etMassad, V.J. 2010. Profiling a Mind Map User: a DescriptiveAppraisal.Journal of InstructionalPedagogies, 2, 1-13.

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